Le 28/10 à 14h

Ingénieurs agronomes à l’institut technique des oléagineux (Cetiom), Francis Flenet et Pascal Simonin travaillent à la mise en œuvre d’une démarche environnementale originale : la Démarche de progrès. Née en 2007, cette initiative impulsée par les acteurs de la filière Diester vise à améliorer les bilans environnementaux du biodiesel. Cinq ans plus tard, une nouvelle étape est franchie avec la mise en place de plans d’actions destinés aux producteurs de colza, plaçant une fois encore le monde agricole au cœur de cette dynamique de progrès.

Présentation des intervenants :

Francis Flenet, ingénieur agronome au Cetiom depuis 2006. Il accompagne la Démarche de progrès depuis son commencement, est chargé de la mise au point d’indicateurs environnementaux et de voie de progrès, et assure la coordination de la démarche auprès des acteurs de la filière.

Pascal Simonin, ingénieur agronome au Cetiom depuis 1983. Il assure le suivi de la Démarche de progrès sur le terrain ainsi que les relations avec les ingénieurs Cetiom régionaux.

 

1)    La Démarche de progrès peut paraître complexe aux novices, si vous deviez la résumer en quelques mots…

P. Simonin : Je dirais que la Démarche de progrès c’est l’engagement de toute une filière dans une démarche de production durable.

F Flenet : On cherche à améliorer les pratiques de manière continue dans le but de concilier qualité environnementale et impératif de production.

En fait, il existe deux niveaux à distinguer dans la Démarche de progrès dans sa partie agricole : d’un côté, il y a l’engagement des Organismes Stockeurs [OS] et donc de leurs agriculteurs, qui fournissent des graines à Diester Industrie. Ils contribuent à la réalisation d’un diagnostic initial des pratiques culturales et  mettent en place des plans d’actions. Chaque année, les résultats des OS sont évalués et les plans d’actions adaptés pour l’année suivante, formant ainsi une véritable boucle de progrès. Le 2ème niveau de la Démarche de progrès, c’est le Club Colza 20g, un club d’excellence qui vise à démontrer qu’il est possible d’atteindre l’optimum de 20g eq CO2 par mégajoule de biodiesel produite. C’est un objectif ambitieux, qui représente une réduction de 30% des émissions par rapport à leur niveau moyen actuel.

2)    En lançant la Démarche de progrès, la filière biodiesel française était-elle pionnière ?

F Flenet : Je pense que oui, c’est une initiative assez unique. Jusque-là les filières étaient surtout engagées dans des chartes de bonnes pratiques, offrant une vision assez figée des choses, avec des « bonnes pratiques » à respecter, qui sont imposées aux agriculteurs.

Dans la Démarche de progrès, les choses sont plus dynamiques, on parle bien d’amélioration continue. Chaque année, on se pose la question de ce que nous avons accompli, comment l’améliorer en essayant de toujours mettre la barre plus haut etc…

De plus, dans le Club 20g, les agriculteurs sont véritablement acteurs de l’initiative. L’idée n’est pas simplement de leur donner des solutions clé en main, mais aussi qu’ils soient forces de proposition.

P. Simonin : C’est vrai. Au sein du Club 20g, on assiste à des échanges en direct avec les producteurs qui amènent leur pierre à l’édifice.

Pour répondre à votre question, oui la Démarche de progrès est assez précurseur. J’ai eu un retour encore récemment d’un directeur de coopérative qui était conscient de l’importance de la Démarche de progrès afin de préparer la législation à venir.

F Flenet : Le cas du biodiesel est assez unique: l’industriel Diester est structurant pour la filière, le biodiesel étant le 1er débouché du colza français. C’est le leadership de Diester Industrie qui lui donne la capacité d’entraîner la filière dans une démarche comme la Démarche de progrès : volontaire mais ambitieuse et exigeante.

3)    La Démarche de progrès est une démarche filière, pourquoi autant d’attention est portée sur l’amont agricole ?

F Flenet : C’est lié à l’impact de l’amont agricole. La production du colza représente plus de la moitié des émissions de GES de la filière et près de 40% des énergies fossiles consommées. De plus, l’agriculture est également très concernée par les problématiques de biodiversité et de qualité de l’eau, qui sont des enjeux fondamentaux dans la performance environnementale.

P. Simonin : Je rajouterais que c’est à l’amont agricole que les marges de progrès sont les plus importantes.

4)    La Démarche de progrès a fêté ses 5 ans cet été, quelles étaient ses ambitions en 2007 ? et quel est son bilan à l’heure actuelle ?

F Flenet : C’est moi qui ai initié la démarche pour le Cetiom et Pascal est venu m’épauler quelques années après.

A l’origine, l’ambition était énorme : 4 volets d’actions : GES, énergie, biodiversité et eau. L’idée était d’abord de réaliser des diagnostics des pratiques des agriculteurs afin de réaliser des bilans énergétiques et GES, de mettre ensuite en œuvre des plans d’actions afin d’améliorer leurs performances, et enfin, progressivement d’étendre la démarche aux autres volets environnementaux.

Aujourd’hui nous avons réussi à élargir la démarche : elle ne concerne plus seulement les bilans énergétiques, mais aussi les bilans GES et nous commençons tout juste à traiter les volets eau et biodiversité. Enfin, en 2013, nous avons réussi à convaincre les OS de s’engager dans la mise en place de plans d’actions.

C’est déjà très bien, les objectifs de départ étaient très ambitieux !

P. Simonin : La participation agricole est déjà un premier succès, en 2012, 92 OS ont participé à la démarche, près de 300 000 hectares ont été couverts par les enquêtes, ce sont près de 10 000 agriculteurs concernés.

Quant aux plans d’actions, ils concernent près 90% du volume contractualisé avec Diester Industrie !

 

5)    Quel exemple concret pourriez-vous nous donner de la contribution de la Démarche de progrès à l’amélioration de la performance environnementale de la partie agricole ?

P. Simonin : Les plans d’actions ont évidemment une incidence très concrète sur les bilans environnementaux. Prenons l’exemple des Outils d’Aide à la Décision (OAD), proposés dans le cadre des plans d’actions, ce sont des outils qui permettent d’évaluer la dose d’azote optimale pour la culture et donc, d’éviter la surfertilisation.

Mais au-delà des plans d’actions, la Démarche de progrès a aussi permis de créer de véritables dynamiques d’entreprises. Je pense à une coopérative qui s’est particulièrement impliquée dans la démarche. Des restitutions des bilans énergétiques et GES ont été organisées dans cette coopérative avec les agents Relation Culture, c’est-à-dire les acteurs de terrain, qui travaillent au quotidien avec les agriculteurs. Suite à ces réunions, la coopérative a choisi de faire du phosphore son cheval de bataille [le phosphore permet la réduction des apports d’azote], c’est devenu un moteur dans leur démarche d’entreprise. Le Cetiom les accompagne dans leur nouvelle stratégie, en leur apportant une expertise technique et en communicant auprès des agriculteurs.

6)    Le Cetiom est le principal animateur de la démarche, quelle est votre action au quotidien ?

P. Simonin : Nous collectons les données au jour le jour, afin de récupérer l’ensemble des fiches enquête des producteurs. Une fois les données saisies à partir des fiches papier et des bases de données disponibles, nous réalisons les calculs nécessaires aux bilans GES et nous informons les OS sur leurs performances, l’évolution de la législation, la situation de la filière en leur proposant des restitutions locales. Notre rôle est aussi de communiquer via des animations, des réunions, la presse à différents moments de la campagne.

7)    Comment concilier qualité environnementale et impératifs de production ?

F Flenet : Par nature, la Démarche de progrès concilie productivité et performance environnementale: elle consiste à sécuriser les rendements avec les moyens les moins impactant pour l’environnement. En effet, l’amélioration de la performance environnementale par unité produite peut être atteinte grâce à différents leviers : réduire les GES d’une parcelle, mais aussi augmenter rendement en graines de la culture, puisque à niveau d’émissions égales, plus le rendement en graines est élevé, plus les émissions par quintal produit sont réduites.

P. Simonin : Il faut également rappeler que l’amélioration environnementale peut aussi avoir un effet positif sur les marges nettes.

8)    Quels sont les prochains défis à relever de la Démarche de progrès ?

F Flenet : Nous travaillons au développement d’innovations qui deviendront le conseil de demain ou d’après-demain pour les agriculteurs.

On peut distinguer 5 axes parmi ces innovations : l’amélioration de l’efficience des apports en azote ; le recours à des formes d’engrais à l’impact limité ; la sélection variétale ; la recherche génétique et on cherche aussi à favoriser une biodiversité qui apporte des services éco systémiques.

P. Simonin : L’autre défi, c’est de faire passer le message aux agriculteurs afin qu’ils s’approprient ces nouvelles techniques.

 

Propos recueillis par et Clothilde Tronquet et Aurélien Morlighem